Verner Degray

Le photographe Verner Degray est l’invité idéal pour illustrer de ses œuvres notre numéro d’été. Ses modèles polynésiens reflètent à la perfection la beauté exotique, sauvage et sensuelle. Découvrez...

MoanaLe photographe Verner Degray est l’invité idéal pour illustrer de ses œuvres notre numéro d’été. Ses modèles polynésiens reflètent à la perfection la beauté exotique, sauvage et sensuelle. Découvrez l’artiste et à travers lui Tahiti sous un autre jour.
(Portfolio Verner Degray à découvrir dans le numéro Spécial été 2014 de Qweek)

Qu’est-ce qui t’a amené à t’installer à Tahiti ?
Tahiti était un rêve de môme avec ces mythes du sable blanc, du lagon turquoise et tout ce que la Polynésie pouvait représenter, aussi, dés que j’en ai eu l’occasion, j’ai voulu découvrir l’ile et ne suis plus jamais repartis.

Quelle fut ta première séance photo avec un Tahitien ?
Ma toute première séance photo avec un Tahitien, c’était plutôt tendu, je me suis heurté au pudisme local. Pour un Polynésien, montrer à quelqu’un son corps, et qui plus est son sexe, c’est quelque chose d’impensable et encore plus devant un appareil photo. Alors ce jour là, j’ai composé avec ce paramètre. Mais le premier shooting avec ce modèle c’était tellement bien passé, qu’il a très vite voulu reposer et il a fini par se dévoiler. Apres les premières minutes un peu transitoires de la nudité, nous avons vu son comportement changer et la nudité est réapparue totalement naturelle chez lui, comme un retour aux sources. Le fait que les Polynésiens ne se dévoilent pas facilement rend souvent le travail encore plus profond et les poses plus sincères. Ils ne font pas que poser devant l’appareil, ils se mettent à nu corps et âme et c’est ça que j’apprécie ici. Lorsqu’on regarde leurs photos, on peut presque arriver à toucher leurs âme tant ils ont mis leurs coeur lors du shooting.

Appolon

La beauté des garçons tahitiens est-elle la seule passion qui anime ton travail de photographe ?
Non, bien entendue, c’est certain que cet aspect de mon travail prend une grande place. Mais la photo est plus que ça, c’est un Art majeur, qui si il est bien réalisé et avec sincérité permet d’ouvrir des fenêtre sur le monde qui nous entoure et de faire découvrir au public des instants presque magiques. Si la photographie se résumait à faire simplement un beau cliché, je crois que je me lasserais vite, mais la photographie pour moi, c’est figer un ressenti particulier, c’est essayer de faire ressortir ce qui se cache derrière un joli corps ou un beau visage. Une photo est réussi à mon avis, lorsqu’elle retranscrit ce que j’ai ressenti du modèle. Lorsque qu’elle s’approche au plus prés de son âme et la nudité aide justement à ça. Le modèle souvent ne fait pas que livrer son corps à l’objectif, il se livre tout entier.

Comment procèdes-tu pour recruter des modèles ? Est-ce facile ou compliqué ? As-tu été confronté à des difficultés, des pressions ?
A vrai dire, pour le recrutement, c’est un peu comme pour mon travail, il faut que le feeling se fasse. Avec la notoriété, beaucoup veulent poser pour moi, mais aujourd’hui, je ne m’arrête plus à la plastique comme au début, j’ai besoin réellement de ressentir le modèle et de comprendre ses motivations à poser nu. Ce qui facilite mon recrutement, c’est aussi le fait que je respecte énormément mes modèles et qu’ils savent qu’ils seront mis en valeur, je les fais participer aussi au tri final des clichés, je prend en compte leurs avis et je pense que c’est primordiale. Les difficultés sont souvent après la publication des photos, lorsque les copines voient les photos, mais les choses sont claires avec les modèles, et le problème ne se pose pas longtemps.

Quel regard portent les polynésiens en général sur ton travail et comment est perçue l’homo-érotisme ?
Mon travail est plutôt très bien acceuilli par les Polynésiens, voir attendu parfois, mais je dois dire que lorsque je touche à l’Homosexualité, la donne change. On accepte de voir un homme nu, à condition qu’il ne soit pas en compagnie d’un autre homme et lorsque cela arrive alors, le débat fait rage et c’est exactement ce que je veux soulever: l’interrogation, la démystification de l’homosexualité, de la nudité entre hommes.
J’avais réalisé un shooting de deux garçons (complètement hétéros) qui étaient amis dans la vie. leurs poses étaient suggestives, certes, mais pas sexuelles. J’avais ressenti tellement fort leur amitié et leur complicité, que pour moi il était évident qu’ils devaient poser ensemble. Les photos ont fait le buzz à Tahiti. J’ai reçu des commentaires très touchants et d’autres plus acerbes. le cliché a fait longtemps débat: sont ils amis? sont ils gay? c’est un travail d’acteur? Ils n’ont pas honte? etc.. mais les modèles ont très bien joué le jeu, ils ont complètement assumé le cliché. Pour moi, ce fut l’une de mes plus belles photos et encore aujourd’hui, lorsque je la regarde, je ressens leurs complicité.

Rendre hommage à la beauté des Tahitiens peut-il contribuer à lutter contre les tabous et contre l’homophobie ?
Tu sais, le mot «TABU» est un mot polynésien, ici il prend tout son sens.
Malgré le cliché du Tahitien vivant à moitié nu sur les plages de sable blanc, je peux te dire que la nudité est TABU. Ce fut vrai avant le passage des missionnaires et autres évangélistes, mais aujourd’hui, montrer ses seins sur la plage est très mal perçu et encore plus son corps nu. Alors provoquer les esprits en ne faisant que ça, je pense que cela ne peut que lutter contre tous ces «Tabu».
J’étais l’un des premiers à faire poser des hommes complètement nus sur le territoire et à ne faire que ça. Au début j’ai eu du mal à trouver mes premiers modèles, mais aujourd’hui, je sent bien que les regards sur mon travail ont changés, les mentalités se sont ouvertes et je me plais à croire que c’est un peut grâce à moi. Maintenant, Tahiti, c’est comme ailleurs dans le monde, on se heurtera toujours à l’Homophobie, à la peur du corps, à l’interdiction de la nudité, et souvent, les critiques les plus dure, les plus homophobes viennent des extrémistes religieux de tous bords. Il y a encore du travail dans ce combat contre l’Homophobie, mais pour moi, c’est important et c’est l’un de mes leitmotiv.

Peut-on vivre gay et heureux à Tahiti ?
Sans aucun doute et peut être même mieux qu’ailleurs, j’en suis la preuve. Même si ici, nous n’avons pas de «quartier gay», de gay pride et que les gays restent très discrets, je dois dire qu’il est plutôt simple de vivre son homosexualité à condition de respecter l’autre. On ressent rarement l’insécurité dû à notre sexualité.

Quelles sont les photographes que tu prends en référence ?
je dirais que Francois ROUSSEAU est pour moi une référence, il à ouvert les portes de la «nudité accessible» avec les premiers calendriers des Dieux du stade à une époque où la nudité sur ce genre de supports était très confidentielle. Il a démocratisé le nu artistique. J’ai eu la chance de prendre sa suite pour le calendrier de Mister Tahiti 2014 et pour moi, c’était un honneur. Et puis, il y a aussi Olivier CIAPPA pour son combat contre l’homophobie. Il a soulevé un concept auquel j’adhère particulièrement. En tant qu’artiste, nous avons un rôle à jouer dans la société et c’est cet aspect de leur travail qui me plait bien plus que la technique.

As-tu déjà exposé tes œuvres ? De manière générale, comment sont-elles diffusées ?
En règle général, mon travail est diffusé à l’international, les Etats Unis, la Grande Bretagne, l’Europe etc. Je n’avais pas ressenti le besoin d’exposer à Tahiti depuis récemment. Je prépare donc ma première expo locale que je veux visible par le plus grand nombre, surtout pas dans la confidentialité d’une galerie. Ca sera la surprise probablement pour la fin 2014.

Le site de Verner Degray

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