Lucas Defayolle : La création du ballet militant !

Il a un parcours académique sans faute. De Paris à New York, ce danseur-chorégraphe d’à peine trente ans dirige depuis plusieurs années sa propre compagnie. Médaillé d’or au Concours...

Il a un parcours académique sans faute. De Paris à New York, ce danseur-chorégraphe d’à peine trente ans dirige depuis plusieurs années sa propre compagnie. Médaillé d’or au Concours Européen de Danse l’an dernier, ses danseurs et lui reviennent cette année en coproduction avec le théâtre de Ménilmontant, le 10 septembre. Ils y présenteront son nouveau spectacle, « Créatures de rêves », Une relecture de Blanche Neige pour le moins originale… Et militante. Rencontre.

 

 

 

 

 

Comment es-tu arrivé à la danse ?

 

J’ai commencé à 4 ans dans une petite association de mon village d’enfance. Il s’agissait de danse street jazz à niveau amateur. À mon bac, j’ai fait des études de biologie cellulaire et ai commencé à réfléchir sur ce que j’attendais de ma vie professionnelle. La danse est toujours restée dans un coin de ma tête. J’ai alors passé une audition à l’IFP Rick Odums, puis suis parti à New York, où j’ai pu danser à l’école Martha Graham, et dans la compagnie Graham 2. Je suis rentré à Paris pour mon diplôme d’Etat et, maintenant, je suis aussi professeur de danse au Studio Harmonic… Et à l’IFP où j’ai moi-même étudié !

 

 

Comment est venue l’envie de devenir chorégraphe ?

 

Ca s’est un peu imposé à moi. Dans les compagnies, surtout chez Martha Graham. J’aurais pu être heureux de cette situation mais j’ai très vite eu envie de créer mes chorégraphies. Je me disais que j’avais des choses à exprimer, et ça s’est très vite imposé. Dès mon retour à Paris, en 2011, j’ai voulu créer ma compagnie et monter des spectacles.

 

 

Il ne s’agit donc pas de ton premier spectacle ?

 

 

Non, c’est le neuvième ! Je monte des sessions de stages avec mes différents élèves. Ils aboutissent à différents ballets. Ce sont les fruits des stages donnés dans l’année. Je suis toutefois très exigeant avec eux. Ce sont des danseurs professionnels à mes yeux. Je sais que le public est composé de spectateurs de tous horizons, et qu’ils s’agisse de la danse, des costumes ou des lumières, je me bats pour que l’on puisse présenter des spectacles de qualité !

 

 

UNE VERSION NÉCESSAIRE

 

 

Pourquoi Blanche Neige ?

 

J’ai toujours un thème, dans mes spectacles : Rainbow Warrior traitait de la couleur, le Tour du monde en 90 minutes reprenait différents voyages… Là c’est un dessin animé revisité… et militant. J’avais pas mal souffert des censures qui ont touché « la Belle & La Bête », cette année. Quand on regarde Disney, les gays n’ont jamais eu leur référence. On ne pouvait pas s’identifier. Alors La question du prince gay m’est venue en tête (il s’éprend du chasseur…ndlr.). La fin peut paraître funeste, moins idéaliste, mais ce peut être une version nécessaire.

 

 

Vous parliez d’un spectacle en deux parties…

 

Oui, la seconde partie du ballet, après Blanche-Neige, sera consacrée aux grandes oeuvres de la peinture et mises en danse. Ça s’appelle La Nuit au Musée, et chaque tableau sera une danse, et vice-versa. On a mis l’accent sur les chefs d’oeuvre et là encore on revisite. Par exemple, un de mes amis jouera Jésus dans La Cène de Léonard de Vinci… Et sera en drag-queen ! Il y’a tout un univers à recréer, et des chorégraphies à inventer.

 

 

 
Pourquoi faire ce métier ?

 

Pour faire voyager les spectateurs. C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Les faire entrer dans une bulle… Il y a tellement de possibilités de les faire voyager, c’est pour ça que je tends à ce que mes spectacles soient des constructions visuelles, à chaque fois.

 

 

« J’ASSUME MES CRÉATIONS BORDERLINE »

 

 

Et dans Cinq ans, où te vois-tu ?

 

À Paris avant tout. Même si j’adore Berlin, pour l’ouverture artistique qu’elle propose, où les artistes sont très considérés, Paris reste ma ville d’adoption. J’assume mes créations borderline, qui pourraient déranger. Jésus en drag-queen dans une représentation de la Cène, ça peut ne pas plaire. J’aimerais énormément que les théâtres m’achètent des spectacles. Pouvoir aller au festival d’Avignon, présenter mon spectacle, avoir des programmateurs… Essayer de me faire connaître en tant que chorégraphe.

 

 

…Et pourquoi pas un « Retour à Reims »?

 

Si le grand théâtre de Reims me demande, ce serait avec plaisir ! Je n’oublie pas mes racines, j’adore m’y ressourcer. Je suis très proche de ma mère qui vit là-bas, et aussi de ma soeur. Elles ont toujours été là pour moi, et m’aident encore énormément. Et ce n’est pas parce que je vis à Paris que j’oublie tout ce qui a été fait avant !

 

 

CultureInterview

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