THE HAPPY PRINCE – Ou l’importance d’être Wilde

CINÉMA

« En tant qu’homosexuel qui travaille dans le spectacle, Oscar Wilde est un peu notre Saint Patron ». Voilà comment Rupert Everett commençait la présentation de The Happy Prince lors de l’avant-première, le 26 novembre, au festival Chéries-Chéris. Une déclaration qui en dit long sur l’importance de ce projet que l’acteur de Another Country et du Mariage de mon meilleur ami a défendu pendant plus de dix ans. Car il lui en a fallu du temps pour convaincre les producteurs de mettre leurs billes dans ce film audacieux. Le résultat est à la hauteur de nos attentes et donne lieu à une œuvre bouleversante à voir en salle dès le 19 décembre.

Le grand public garde d’Oscar Wilde ses mots d’esprits, son extravagance et une brillante carrière littéraire avortée par un scandale : son emprisonnement pour crime d’homosexualité. De l’après, on ne sait pas grand chose et, en quelque sorte, The Happy Princecommence là où les précédents biopics sur le dandy britannique s’arrêtent.

En effet, ce qui intéresse Rupert Everett, c’est l’inconnu des dernières années, cet exil qui mène Wilde de Naples à Paris et surtout la déchéance d’un homme, autrefois adulé par ses pairs, dont laseule « erreur » aura été d’avoir été le premier auteur ouvertement gay.

Ruiné, alcoolique et malade, Wilde n’a eu de cesse de chercher l’impossible rédemption auprès de ses anciennes amours dans un jeu de massacre qui semble illustrer les vers de La Ballade de la geôle de Reading : « Chaque homme tue celui qu’il aime ».

Il finira par trouver un dernier réconfort dans les bras de gigolos parisiens à qui ildéclame les mots du Prince heureux, ce conte qu’il récitait autrefois à ses propres enfants.

FIN DE PARTIE

Loin du film complaisant et aseptisé, Rupert Everett donne ainsi une vision inattendue, mélancolique et profondément personnelle de ce personnage mythique. Aux côtés de Colin Firth, d’Emily Watson et de Beatrice Dalle, il incarne avec brio un Wilde brisé qui tente de réactiver sa superbe dans d’ultimes traits d’esprit.

L’acteur-réalisateur en profite, au passage, pour parler de la séduction qui s’étiole, de la fuite du temps qui court et des conséquences médiatiques d’une homosexualité assumée. Difficile, dès lors, de ne pas voir des parallèles avec la propre vie de Rupert Everett qui a payé le prix d’avoir été l’un des premiers [et rares] acteurs d’Hollywood à avoir faitson coming out.

Et on se dit que si, pour cette raison, il n’a pas eu la carrière qu’il méritait, il peut au moins se féliciter d’avoir porté à boutde bras un film magnifique qui mérite toute notre attention.

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The Happy Prince

Sortie en salle le 19 décembre 2018www.ocean-films.com

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