BERLIN KABARETT

Parenthèse décadente dans les années trente

À l’affiche du Théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 6 janvier, cette pièce de Stephan Druet est la petite pépite à ne pas manquer. Véritable bulle de légèreté servant un propos engagé, elle mêle les genres avec succès pour un résultat inouï.

Par Grégory Ardois-Remaud

 

Assister à un spectacle dans le sous-sol du Théâtre de Poche-Montparnasse est souvent la promesse d’une expérience. Et ce n’est pas la soirée passée devant cette pièce troublante qui nous fera changer d’avis. Après avoir descendu une à une les marches re- couvertes d’un moelleux tapis de velours rouge, nous voilà arrivés dans l’antre de Kirsten, maîtresse des lieux.

En lieu et place des habituels bancs réservés au public se dressent une dizaine de petites tables rondes. L’ambiance cabaret des années trente est posée et le spectateur fait lui aussi parti du show.

Si l’histoire est assez sombre, le tourbillon formé par le charme berlinois décadent, la qualité de la mise en scène de Stephan Druet et lavivacité des interprétations, rend le spectacle flamboyant. Les chorégraphies et la musique, dans leur audace et leur complémentarité, sont bien sûr pour quelque chose dans le propos, bien moins léger qu’il n’y paraît, de cette pièce.

« Un atout de choix : la prestation de la grande Marisa Berenson »

Et que dire de la prestation de la grande Marisa Berenson, plus lumineuse que jamais, et véritable atout de choix dans cette distributionde qualité… Ce rôle de « taulière » sulfureuse, n’ayant peur de rien ni de personne, semble écrit pour elle, tant la grâce semble l’habiter,malgré la dureté du personnage.

Un texte fin et subtil, des musiques écrites par Kurt Weil, Friedrich Hollaender ou Stéphane Corbin [papa des Funambules et incarnant Fritz,le pianiste], des chorégraphies splendides et une distribution au diapason, Berlin Kabarett a toutes les qualités des grandes pièces que l’on aimerait voir plus souvent. Bravo !

PLUS D’INFOS :

Berlin Kabarett de Stephan Druet, avec Marisa Berenson au Théâtre de Poche-Montparnasse [VIe arr.] Jusqu’au 6 janvier 2019, reprise à partir du 14 mars www.theatredepoche-montparnasse.com

ÇA PARLE DE QUOI ?

Berlin, sous la République de Weimar, dans les premières années de la montée du nazisme. Kirsten dirige l’un des grands cabaretsde la capitale allemande, qui vit à la fois dans la misère économique et sociale et dans la décadence des mœurs. Elle mène la dansesans scrupule. Entourée de son fils, de son ex-amant auteur, d’un compositeur en vogue et de deux musiciens, elle nous entraînedans l’évocation d’une gloire passée. Une traversée satirique et tragique de l’époque la plus sombre de l’Allemagne dans un contexte artistique où l’expressionnisme jette ses derniers feux.

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