Grindr, appli bien-être ou fléau ?

Depuis 2012, Grindr est l’alternative à la rencontre gay : rendez-vous amoureux, plans-cul, pratiques sexuelles déviantes. Est-ce SAFE ou, au contraire, doit-on s’en méfier ? Pour Garçon Magazine, Alexandre...

Depuis 2012, Grindr est l’alternative à la rencontre gay : rendez-vous amoureux, plans-cul, pratiques sexuelles déviantes. Est-ce SAFE ou, au contraire, doit-on s’en méfier ? Pour Garçon Magazine, Alexandre Saint-Jevin, psychologue clinicien et docteur en psychanalyse, a répondu à nos questions.

Pourquoi avez-vous choisi Grindr, spécifiquement ?

L’équipe de recherche à l’Université de Toulouse a fait appel à moi pour un projet sur « Désir et algorithme ». Elle m’a proposé de m’attarder sur une application de rencontre.

J’ai alors choisi l’application Grindr en raison d’un de mes analysants qui m’en avait parlé. Je me demandais ainsi si en étudiant l’interface je pourrai penser l’application dans son fonctionnement, pour le confronter à ce qu’on m’en redonnait dans ma pratique de clinicien.

Quel a été l’objectif dans votre intéressement pour une telle application ?

L’ensemble des effets de Grindr permet à certaines personnes, à un moment donné de leur histoire personnelle, d’y trouver un moyen de pouvoir continuer à exister, même d’exister ou de prendre plaisir à exister, cela avec les éléments qu’iel va juger comme positifs ou négatifs pour iel.

Sur un plan plus concret, notre enquête a consisté à recevoir une quinzaine d’utilisateurs de l’application, pour leur faire passer un test psychologique et un entretien avec un psychologue.

Quel bilan en avez-vous tiré ?

Cette enquête a montré que l’application venait produire, de manière implicite, un profil moyen de l’utilisateur gay « cisgenre », venant jouer comme une homonormativité. En conséquence, le protocole constitue un moyen de contenir la relation à l’autre dans un objet partiel, qui va venir caractériser, définir et surtout une personne à une caractéristique : ethnicité, pratique sexuelle, taille ou forme du sexe, identification à des rôles plus ou moins genrés, etc.

L’application semble en effet intégrer des contraintes sociales venant séparer le monde social en deux (les personnes de la « vraie vie » et les personnes rencontrées sur Grindr). De manière vraiment grossière, nous pourrions dire qu’elle vient renforcer une séparation de la vie sexuelle et de la vie sentimentale.

Le problème est-il inhérent à Grindr ?

Certains problèmes sont inhérents à Grindr pour de nombreuses raisons, oui. Tout d’abord, l’apparition de photographie renforce chez la personne les croyances de gain et la nécessité d’utiliser l’application. Les questions pour créer son profil, dont les choix viennent aussi déterminer ce qu’une personne homosexuelle peut être. Si on ne rentre pas dans les choix possibles, sommes-nous homosexuels comme les autres ?

Enfin, la géolocalisation modifie le rapport à l’espace. Elle fait de l’application un opérateur de basculement d’un monde sociale à un autre. Enfin, elle vient révéler la grinderisation ce que seraient vraiment les personnes. Ce phénomène renforce ainsi la tendance à penser le monde qui entoure dans les séparations (précisions ci-haut, ndlr), cela en plus des phénomènes d’immédiateté.

Finalement, l’appli de rencontre est-elle une alternative aux lieux de drague LGBTQI+ ?

Les personnes interrogées ont souvent exprimé la désertification des lieux de drague et des glory hole qu’ils fréquentaient avant, la nostalgie des manières de se rencontrer. Avec les applis de rencontre, ils y voient ainsi la possibilité de jouer sur leur identité numérique.

Plus d’infos :

Découvrez le travail de Alexandre Sant-Jevin sur son site web

app gayLes mags en ligne

Vous serez intéressé par :

FERMER
CLOSE