Le 190

LE 190, UN CENTRE DE SANTÉ SEXUELLE POUR LES GAY ETABLISSEMENT

Le 190 est un centre de santé sexuelle, né de la volonté de proposer, dans un même espace, un service de prévention, de dépistage, de suivi et de soin....
Le 190

Le 190 est un centre de santé sexuelle, né de la volonté de proposer, dans un même espace, un service de prévention, de dépistage, de suivi et de soin. Partons à sa découverte ! 

BONJOUR DOCTEUR OHAYON, POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER LE 190 EN QUELQUES MOTS ? 

Le 190 a ouvert ses portes il y a exactement 10 ans. Il s’agissait d’une initiative portée par l’association Sida Info Service dont le but était – et reste toujours – de proposer de nouvelles stratégies de prévention de l’infection VIH et en particulier une prévention que nous appelons « environnementale ». C’était l’époque où les stratégies de dépistages commençaient à muter vers une action plus ciblée et où le Swiss Statement permettait de faire converger les intérêts des personnes séropositives et séronégatives.

Nous avons choisi de développer notre projet auprès des 2 populations où celui-ci avait une pertinence : les gay, quel que soit leur statut sérologique, et les séropositifs (et leur entourage) quel que soit leur sexe, leur orientation sexuelle ou leur mode de contamination. Il s’agissait donc de proposer une offre de soin autour à la fois de la prise en charge de l’infection par le VIH et du dépistage des IST, en tenant compte des modes de vie sexuelles et en les acceptant quels qu’ils soient. Pas de volonté de normalisation, mais plutôt un accompagnement des individus dans une sexualité qui leur conviennent sans les mettre en danger. 

QUELS BESOIN EN MATIÈRE DE SANTÉ COUVREZ-VOUS ? 

Le premier « point d’appel » du 190, c’est le « contrôle technique », un dépistage exhaustif des IST qui soit adapté aux pratiques (il comprend donc, outre les prises de sang habituelles, des prélèvements locaux, au niveau de la gorge, des urines et du rectum). Avec ça, on découvre quelque chose chez plus de 20% de nos usagers. Cette stratégie courante dans les pays anglo saxons n’existait nulle part en France, et il n’y a par la suite que dans le cadre de l’étude IPERGAY qu’elle a été reprise. L’autre activité importante, c’est la prise en charge du VIH, en particulier lors de la découverte de la maladie.

Nous avons mis en place une stratégie de prise en charge très rapide, avec initiation très rapide du traitement afin de permettre aux personnes concernées de reprendre le cours de leur vie, y compris sexuelle, sans vivre dans la terreur de la transmission, de la capote qui craque. Cela permet aussi de réduire les contaminations dans l’environnement. Nous avons développé un partenariat avec le Check-Point qui nous permet de réaliser les prises en charges très rapides des personnes en primo-infection. 

LA SPÉCIFICITÉ DU 190 EST QUE VOUS FAITES ABSTRACTION DES SEXUALITÉ ET QUE VOUS NE JUGEZ PAS LES PATIENTS, POUVEZ-VOUS NOUS EXPLIQUER CETTE DÉMARCHE ? 

C’est très simple : il s’agit d’accepter les sexualités, quelles qu’elles soient, et de faire avec. Il ne s’agit ni d’approuver, ni de condamner, mais d’adopter une attitude bienveillante et pragmatique. Et pas d’en faire abstraction, au contraire ! Et il faut aussi connaître un peu les choses. Comment faire pour prendre en charge un gay qui est dans des circuits barebacks où circulent pas mal de drogues, si on ne connaît pas ces circuits et ces drogues. Nous partageons en équipe ce que nous constatons pour être à l’affût de ce qui peut se passer, dans des cultures sexuelles où les choses évoluent vite. C’est ainsi que nous avons été les premiers à constater l’augmentation importante du slam en contexte sexuel homo. L’équilibre sexuel, c’est encore le meilleur outil de prévention qui soit. 

DE FAÇON PLUS GÉNÉRALE, CONSTATEZ-VOUS DES ÉVOLUTIONS OU FAITS MARQUANT DANS LA SEXUALITÉ ET LA PRISE DE RISQUE DES GAYS SUR LES 3 DERNIÈRES ANNÉES ? 

Oui, évidemment, un peu comme tout le monde. Le développement des applications smartphone, le « tourisme sexuel » de type Berlin/Barcelone, ont multiplié les contacts et ont changé le rapport des individus au risque. La protection a reculé à un point inédit à ce jour et la conséquence principal en est que les contaminations remontent et, surtout, concernent de plus en plus les très jeunes (16-25 ans) qui étaient rarement contaminés avant. Ils ont perdu le contact avec l’épidémie, l’histoire du sida et pour la première fois, on a l’impression qu’arrive sur le « marché » une génération pour laquelle le sida n’a pas été constitutif de la construction de leur identité. Le second phénomène, à mon sens effrayant, c’est l’explosion des consommations de drogue, y compris injectables, chez les gays. Je n’aurais jamais cru voir un jour d’épidémie de VIH chez les homos due au partage de seringue ! 

AVEZ-VOUS UN MESSAGE À FAIRE PASSER À NOS LECTEURS ? 

La stratégie de protection reste d’actualité, et elle est efficace. Aujourd’hui, grâce aux traitements, on court bien plus de risque avec un partenaire qui se considère comme séronégatif qu’avec un partenaire qui se sait Le-190-Le-centre-de-sante-sexuelle @ séropositif, ce que très peu ont compris. Le premier est peut-être en primo-infection et donc très contaminant alors que le second est le plus souvent traité et donc très peu contaminant.

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Le dépistage des IST est capital, car les IST forment des portes d’entrée pour le VIH. Quand on va mal et qu’on fait n’importe quoi, ce n’est pas grave en soi, mais il faut se faire aider. Les conséquences des passages à vide sont éternelles, alors même que les mauvais passages sont transitoires. Trouver les bons interlocuteurs permet d’éviter bien des problèmes. Et puis se rappeler que le sexe, ça sert d’abord à se faire du bien, c’est joyeux, c’est jouissif. Et que cela mérite qu’on prenne soin de soi et de sa sexualité…

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