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La mairie de Paris veut-elle la mort des discothèques LGBT ?

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Depuis mars 2020, le milieu de la nuit est en berne. À Paris, les élu.e.s ne semblent pas avoir pris la mesure de la détresse des exploitants et ils ne proposent aucune solution alternative en attendant une perspective de réouverture claire. En conséquence, le monde des discothèques peine à lutter, il est désemparé et meurtri. Aujourd’hui, de nombreux professionnels de la fête queer crient leur colère d’une ville lumière criminelle et en appellent à son bon sens… dans un dernier espoir (ou pas). Deux d’entre eux, Michel Mau (DA du Dépôt) et Jean Bernard Meneboo (exploitant du Gibus) en parlent avec nous. 

Contrairement aux autres établissements festifs et conviviaux (bars, clubs libertins, restaurants, etc.), vous êtes toujours fermés, que ressentez-vous par rapport à ça ?

De l’injustice et du mépris de la part de nos élus de Paris. Depuis le début, nous sommes les grands oubliés. Pire encore, on a l’impression d’être uniquement associé à des créateurs de nuisances, alors que nous sommes des vecteurs de régulation et d’attractivité. Et puis, ne pas travailler pendant 14 mois, ce ne sont pas des vacances, c’est un traumatisme, une punition, une stigmatisation supplémentaire. 

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Lorsque Paris a lancé l’appel à projets « Un été en plein air », nous avons directement candidaté. Ce dernier était censé permettre aux clubs d’obtenir des emplacements éphémères en juillet et en août, afin de retrouver une activité, un lien social et des débouchés. 

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Pourtant, nous n’avons à ce jour reçu aucun retour de la Mairie de Paris, ils n’ont pris aucune décision sérieuse ni courageuse. Il n’a eu qu’un effet d’annonce afin de créer un buzz dans la presse. C’est un manque de respect pour les personnes qui animent la nuit parisienne et se battent pour la préserver. Sans parler du manque de respect face aux personnes qui ont pris du temps pour répondre à cet appel à projets sans jamais avoir de réponse… 

Pourquoi donc devrait-on rouvrir les discothèques ou, du moins, leur permettre d’accéder à des emplacements éphémères ?

Parce que les clubs sont importants, tout simplement. Ils jouent un rôle majeur et contribuent à la socialisation, à l’accompagnement des clients LGBT et à la création de SAFE places. Et ce tout particulièrement pour les Parisiens et les Franciliens, qui ne peuvent pas vivre librement leur sexualité. 

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Gabrielle Chanel a dit, un jour : « Il faut beaucoup de sérieux pour être frivole ». C’est très vrai. Le monde de la fête joue également un rôle majeur dans l’attractivité de la Ville lumière, ça fait partie de notre culture et de l’ADN de notre destination. D’autant que beaucoup d’étrangers viennent également pour s’amuser et consommer de la Nuit même si ça n’est pas toujours leur motivation première. 

Qu’attendez-vous donc de la mairie de Paris, de la région Île-de-France et, plus largement, du gouvernement français ?

On voudrait une prise de conscience, de vraies perspectives, des solutions alternatives comme cela a été proposé aux bars avec les extensions de terrasses, mais aussi reconnaître l’importance des clubs dans le Paris du futur. 

Pendant des années, on nous a imposé de plus en plus d’obligations, de réglementations et de normes sur les fumoirs, les volumes sonores, l’accompagnement des personnes… Ce qui a posé de réelles problématiques auxquelles on a dû se conformer et de nouveaux coûts de mise aux normes. Et aujourd’hui nous avons l’impression d’être complètement abandonné, nous sommes les grands oubliés de ce déconfinement 

Dans un monde queer qui s’ouvre, nous sommes des acteurs du rayonnement culturel, de la vie touristique et de la régulation sociale. Les élus doivent donc s’intéresser à notre sort, nous reconnaître et nous tendre la main dans ce moment de détresse extrême. D’où notre coup de gueule et notre appel à une main tendue/

Qu’adviendrait-il sinon ? 

Paris va perdre en attractivité, on risque un découragement des professionnels, de ne plus en avoir, de subir une fermeture définitive de tous les lieux, un abandon des actions que nous accueillons dans le domaine de la prévention et de la réduction des risques. 

Et surtout, il n’est pas impossible que la ville lumière finisse tout simplement par ne devenir qu’une ville musée sans vie… Un club qui disparaît n’amène pas une nouvelle ouverture. Il y a trop de contraintes et de problèmes de voisinage .. Que deviendra-t-elle donc s’il n’y en a plus, veut-on que les discothèques meurent ? Voilà le danger d’une métropole sans établissements de nuit, sans club… 

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Jean-Bernard, patron du Gibus, complète aussi :

« Il y a un manque de diversité de Paris dans l’attribution des lieux, ce n’est pas digne de la situation que nous traversons. La capitale veut notre mort, tuer nos discothèques. En conséquence, je n’ai plus de raison d’être et hésite à fermer mon club pour le rouvrir en Espagne. Paris méprise la communauté LGBT dans son ensemble, elle ne l’utilise que pour les élections locales. Pour ça, j’ai envie de fermer mon club et fuir, c’est mon intime conviction. En somme, soit on crie, soit on part. Du moins, je le vois comme ça. »

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