LE DÉPÔT – 20 ANS DE CLUBBING ET DE PLAISIRS

Le célèbre établissement de la rue aux Ours célèbre son vingtième anniversaire lors d’une semaine XXL, du 29 octobre au 4 novembre. L’occasion pour Qweek de revenir sur l’histoire...

Le célèbre établissement de la rue aux Ours célèbre son vingtième anniversaire lors d’une semaine XXL, du 29 octobre au 4 novembre. L’occasion pour Qweek de revenir sur l’histoire de ce lieu de fête et de cruising qui n’a pas fini de pimenter les nuits parisiennes.

Avec son nom et son décor d’inspiration industrielle, Le Dépôt a de quoi émoustiller nos sens. Un peu comme si l’on embarquait dans le clip Cargo de nuit d’Axel Bauer ou dans un film de Fassbinder version Querelle de Brest. D’ailleurs, lorsqu’il ouvre ses portes enoctobre 1998, le gay Paris est en émois.

De la Fête et du Sexe dans un même lieu ? Ça ne s’était encore jamais fait ! Il faut dire que ses dimensions TTBM – rares pour le centre de la capitale – ont clairement joué en sa faveur et lui ont permis d’avoir, sur deux niveaux, un vrai club à l’acoustique irréprochable, deux dancefloors, et une grande zone de cruising faite de labyrinthes modulables propices aux rapprochements.

Le concept intrigue et séduit très vite une clientèle qui y voit une alternative bienvenue aux lieux de drague en extérieur ou aux backroomspures et dures.

UN SUCCÈS IMMÉDIAT

Sur sa première décennie, Le Dépôt vit des années folles et fait office de trublion pour une concurrence qui se sent farouchement menacée. La clientèle est hétéroclite, les codes sont bouleversés, les prix sont cassés. Et ça marche ! À l’étage, se produisent les plus grands DJ mais aussi des stars comme Samantha Fox ou Desireless – seule Chantal Goya n’a pas assumé et a décommandé à la dernière minute – tandis que, dansles souterrains, tournent acteurs, créateurs de mode, écrivains, sous la croupe de pornstars venues faire leurs shows.

Niveau safer sex, l’établissement s’engage et met à disposition, capotes, gels et messages de prévention. Le dimanche, on y croise des nostalgiques du Palace, heureuxd’y retrouver leur emblématique Gay Tea Dance. Ouvert à tous et toutes, Le Dépôt s’est également montré précurseur dans le domaine dessoirées queer, notamment avec la Ladies Rooms, pour les filles.

Il a aussi été l’un des rares espaces de liberté et d’expression pour la génération « black, blanc, beur », grâce à la soirée Total Beur [aujourd’hui hebdomadaire], LA référence en termes de gay raï’n’b. Qu’on y vienne pourdanser ou pour baiser, Le Dépôt devient, en quelques saisons, un lieu incontournable pour les Parisiens et les provinciaux.

Les étrangers nous l’envient et, encore aujourd’hui, le citent comme une référence, au même titre que feu Le Queen.

ZÉRO MYTHO

Pourtant, à la fin des années 2000, le lieu connaît un passage à vide. La direction décide d’agrandir la zone cruising au détriment du club, reléguéaux oubliettes. Au même moment, les sites et applis de rencontres investissent le marché, avec pour conséquence de vider les sex-clubs d’unepartie de leur clientèle.

Le Dépôt n’est pas épargné par cette menace du virtuel et doit trouver une nouvelle identité. Les travaux s’enchaînent, les espaces évoluent. La partie club finit par refaire son apparition mais elle souffre d’une absence de ligne directrice forte.

 

De cette période, on gardera surtout le sérieux lifting apporté à la backroom qui a perdu son côté « fin de chantier » au profit d’un carrelage rouge qui orne aujourd’hui les murs et la seconde piste de danse.

LE BERGHAIN FRANÇAIS?

Il faut attendre 2016 et l’arrivée de Sexy Group [sous la houlette de Michel Mau] à la direction artistique, pour que Le Dépôt connaisse un second souffle, voire une renaissance. Pour preuve, ces queues de noctambules qui remplissent de nouveau le trottoir de la rue aux Ours, plusieurs week-ends par mois. Car sur les grosses soirées, l’établissement peut se féliciter d’avoir multiplié par quatre le taux de fréquentation !

Le secret de cette réussite ? Avoir redoré l’image de marque du Dépôt tout en retrouvant l’essence des débuts. Si la play aera, avec ses soirées thématiques, fait toujours le bonheur des garçons, la partie club est enfin redevenue un terrain de jeu musical pour les homos et queers d’aujourd’hui.

La programmation clubbing, désormais bookée plus de six mois à l’avance, joue la carte de la diversité en mêlant aux productions maisons, des soirées internationales inédites en France et des revivals de concepts complètement repensés [La Cardiodancing]. Le tout, savamment étudié pour que toutes « les tribus y trouvent leur compte: bears[LaGorillas],fetish[Recon,Hardon],associatifs[ASMF,StrictDressCode],amoureux des pornstars [Hustlaball, Born Star], lesbiennes [la fameuse Ladies Room] !

Sans oublier les queers, nouvellement attirés par cet en-droit qui respecte toutes les sexualités et les genres ! Depuis plusieurs mois, garçons, filles, gays, lesbiennes, bis, trans, se mélangent ainsi dans l’atmosphère bondée de la Gender F*, la Toilette ou, tout récemment, de l’Adult.

Parfois, certains guests s’y invitent : François Sagat venu faireun featuring vocal pour le chanteur Igor Dewe ou, plus récemment, Amanda Lepore, figure emblématique des nuits new-yorkaises et égérie transgenre sublimée par le photographe David LaChapelle. Et pour la première fois à Paris, on retrouve cet esprit si particulier que l’on croyaitl’apanage unique du Berghain et autres soirées berlinoises.

On y danse, mais pas que. L’ambition du Dépôt est de faire de son premier étage un lieu d’expressions queer avec des expositions, des concerts, des masterclass ou des conférences. Car, plus globalement, l’équipe a compris que le côté sulfureux pouvait être tourné à son avantage pour attirer artistes et influenceurs blasés d’un monde devenu de plus en plus aseptisé et politiquement correct.

Et la encore, la recette paye. En deux ans, trois défilés de la Fashion Week s’y sont succédé, dont l’un pour la marque Vêtements, en présence de Kayne West ! Le festival Get Used to Queer vient d’y faire une édition. Le Dépôt a aussi servi de décor à des séries et fictions que l’on pourra voir prochainement sur Netflix et, en projet, sur Canal +. Rien que ça !

À l’avenir, Le Dépôt souhaite poursuivre dans cette voie qui lui réussit [et qu’il va exporter prochainement à l’étranger], continuer à faire danser les gens, leur apporter une diversité dans le clubbing avec les meilleurs DJ français et internationaux, continuer à s’engager dans la lutte contre le Sida et à cultiver cette différence qui lui y est propre. C’est tout le bonheur qu’on lui souhaite pour les vingt prochaines années !

PLUS D’INFOS :

Le Dépôt
10, rue aux Ours – IIIe arr. www.ledepot-paris.com/www.sexygroup.fr

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