RENCONTRE AVEC SYLVAIN DE TOF PARIS

ENTRETIEN

Avec sa nouvelle gamme très sexy dédiée aux clubbeurs, la marque française risque fort de faire parler d’elle et d’attirer tous les regards sur les dancefloors ! Nous avons rencontré le créateur de la collection pour qu’il nous en dise plus.

QUAND AS-TU MONTÉ TOF PARIS?

C’était en 2014. La création et le dessin ont toujours été des passions et les autres marques existantes ne proposaient rien qui me convienne. Comme on le dit si bien : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même [rires] ! ». Au départ, nous avions six modèles. Chacun avait des bandes de faux cuir qui étaient notre marque de fabrique. Aujourd’hui, notre gamme s’est élargie.

Y A-T-IL DES CRÉATEURS QUI T’AIENT INFLUENCÉ ?

Pas vraiment. Quand je regarde le travail des autres, c’est surtout pour m’en écarter et ne pas refaire la même chose. Par contre, j’ai tou- jours été inspiré par les univers clubbing et fetish. Sur les premiers modèles que j’ai dessinés, il y avait déjà des harnais et des étriers.

« C’est tout l’esprit de la nuit que j’ai voulu transmettre dans notre collection Club Wear »

ÇA TOMBE BIEN, VOUS VENEZ DE SORTIR UNE NOUVELLE GAMME « CLUBBING ». D’OÙ T’EST VENUE L’IDÉE ?

C’est l’une des nouveautés de l’année. On avait déjà de petites pièces comme le « harnais Spartacus » qui plaisaient beaucoup. Alors j’ai eu envie de concevoir cette gamme. Je me suis inspiré du monde de la nuit internationale comme La Démence à Bruxelles ou la Rapido à Cologne. Les gogos y sont déjantés et ont des tenues de fous. Même les clubbeurs ont un certain sens de la liberté et de la fête. C’esttout cet esprit que j’ai voulu transmettre dans cette collection. On a beaucoup joué avec des matières transparentes, comme les filets quimettent en valeur les pecs. On a ajouté aussi beaucoup de bandes phosphorescentes qui permettent d’être vu sur la piste de danse et d’attirer l’attention. Tous nos articles servent à mettre en valeur ceux qui les portent, pour les rendre plus sexy et plus attirants. Ils contri- buent à la séduction. Au niveau des couleurs aussi, j’ai misé sur le doré ou encore le gris argenté qui sont très festifs.

L’UNE DES PIÈCES PHARES EST LE MONO HARNAIS. PEUX-TU NOUS EN DIRE PLUS ?

Oui, le harnais d’épaule. Il ne couvre qu’une partie du corps, dispose d’une épaulette amovible et surtout d’une petite poche secrètepour mettre ton argent, par exemple. Tout autour, il y a une bande réfléchissante. Il est beaucoup plus facile à mettre et à porter que leharnais classique car il n’a pas toutes les sangles et étriers. On peut l’utiliser en solo ou en disposer un sur chaque épaule. Le prix est im- battable pour un produit de fabrication française : seulement 35 euros ! En ajoutant un short, tu peux être habillé des pieds à la tête pour moins de 80 euros. C’est très important de nous positionner sur des tarifs abordables car on sait que les clubbeurs ont déjà beaucoup de dépenses lorsqu’ils vont en soirée, entre le prix d’entrée et parfois les billets d’avion et d’hôtel.

« Tous nos articles servent à mettre en valeur ceux qui les portent, pour les rendre plus sexy et plus attirants »

Y A-T-IL D’AUTRES ARTICLES DONT TU ES FIER ?

Il y a beaucoup d’innovations, des pièces qui n’existaient pas encore et que nous sommes les premiers à proposer. Je pense notammentau « Full Zip Jock Short » qui, comme son nom l’indique, peut faire à la fois office de short et de jockstrap grâce à une fermeture éclairque l’on peut ouvrir derrière ou devant. Et tous nos articles portent le logo Tof fluorescent !

D’AILLEURS, C’EST QUOI L’HISTOIRE DE CE LOGO ?

Il représente un taureau. C’est mon signe astrologique et je cherchais quelque chose qui symbolise la virilité. Je l’ai mis sur un blason pour rappeler l’idée de fraternité et dire qu’on appartient à la même famille.

« Il y a beaucoup d’innovations que nous sommes les premiers à proposer »

TA COLLECTION MONTRE AUSSI QUE LES CLUBBEURS SE SONT PAS MAL RÉAPPROPRIÉ LES CODES DU FÉTICHISME. TU EN PENSES QUOI ?

 

Les fétichistes ne vont pas être contents, mais, aujourd’hui, la frontière est vraiment poreuse entre les deux univers. Chez nous, le « club wear » s’inspire, en effet, du fetish que nous réinventons. Ce qui ne veut pas dire que les clubbeurs, surtout les plus jeunes, connaissent tous les codes. Prenez les couleurs par exemple. Chez les fetish, le rouge, le jaune, le bleu, le blanc ont une signification particulière liéeaux pratiques sexuelles. Le clubbeur, lui, va surtout choisir une teinte parce qu’elle lui plaît !

AU MOMENT DE LA CRÉATION, AS-TU MIS ÉGALEMENT À CONTRIBUTION LES PRINCIPAUX INTÉRESSÉS ?

Tout à fait. On a fait des réunions de consommateurs où l’on a principalement invité des clubbeurs de profils différents pour leur présenterla collection. Leur avis compte. De notre côté, on porte tous nos prototypes pour les tester. On peut aussi aller passer une journée enboutique pour analyser les retours, les attentes des clients et trouver d’autres idées. Être sur le terrain est beaucoup plus efficace qu’unservice marketing impersonnel à l’autre bout du monde. Regarde, le harnais d’épaule, ça ne va pas de soi. Je ne l’aurais jamais fait si je n’avais pas baigné dans le milieu du clubbing. Peut-être qu’un jour l’inspiration disparaîtra car je serai trop vieux ou dépassé, mais pour l’instant, c’est vraiment comme ça que je me nourris.

AVEC CETTE COLLECTION, N’AVEZ-VOUS PAS PEUR DE VOUS ENFERMER DANS UNE NICHE AUX DÉPENS DE VOS AUTRES GAMMES ?

Au contraire. C’est un peu comme une marque de haute couture qui fait des défilés avec des pièces extravagantes et qui, derrière, profite

de cette image pour vendre d’autres articles. Nous n’avons pas les moyens d’organiser des défilés ou de convoquer la presse… Du coup,avoir tous ces garçons qui portent nos créations à La Démence ou dans d’autres soirées, ça va attirer l’œil et pousser d’autres clients à acheter des articles plus classiques comme des polos, des débardeurs ou des tee-shirts.

« Ce qui me motive, c’est d’abord le beau qui n’a pas vraiment de cible ou de sexualité »

PEUT-ON IMAGINER DES HÉTÉROS PORTANT VOS CRÉATIONS ?

Je dirais, sans hésiter, que l’on fait d’abord des pièces qui nous plaisent. Si les gays, mais également les hétéros adhèrent, alors tant mieux [rires] ! Ce qui me motive, c’est d’abord le beau qui n’a pas vraiment de cible ou de sexualité. Je reconnais qu’il y a une extravagance dans le club wear qui parle peut-être plus à la communauté homo. Mais j’ai l’impression que les choses sont en train de changer et que les hétéros se montrent, parfois, plus audacieux. Sur notre prochaine collection fetish chic, on a un polo sur lequel on a rajouté un petit étrier. Les hétéros ont beaucoup plus apprécié cette originalité que les gays. Peut-être parce que, paradoxalement, ça faisait « trop gay » et que ça les ramenait aux harnais et au SM [rires] !

C’EST IMPORTANT POUR VOUS LA FABRICATION FRANÇAISE ?

Ça nous tient à cœur, oui. La France m’a tout donné. Je vivais au Cameroun. Je suis arrivé ici, en 2005, pour des études de droits. Si j’ai pu, ensuite, assouvir ma passion et monter ma marque, c’est grâce à la France. Du coup, je préfère rester dans une fabrication locale, pour le sourcing, le choix de la plupart des tissus et le montage des pièces.

OÙ POURRA-T-ON TROUVER LA COLLECTION?

Sur notre site Internet www.tof-paris.com mais aussi dans nos points de vente. Je pense, notamment, aux Dessous d’Apollon à Paris et à Lyon. Ce sont eux les premiers à avoir cru en nous. Je suis allé les voir, ils m’ont dit « c’est exactement ce que veulent nos clients » et, le lendemain, ils nous passaient une commande qui dépassait toutes nos espérances. Nous sommes également présents dans plusieurs villes françaises : Nice, Tours, Caen et dans les Alpes. À l’étranger, on nous trouve en Espagne, à Barcelone et Gran Canaria, Mais nos plus gros marchés restent l’Allemagne et la Belgique.

EST-CE À DIRE QUE LES FRANÇAIS OSENT MOINS ?

On est beaucoup plus couvert quand on sort [rires] ! Mais ce qui est drôle, c’est que lorsque l’on va en soirée à l’étranger, on retrouve des têtes connues qui se montrent beaucoup plus extravagantes qu’à Paris !

CE QUE J’AIME BEAUCOUP DANS VOS CAMPAGNES DE PUB, C’EST QUE, CONTRAIREMENT À BEAUCOUP DE MARQUES, VOUS METTEZ EN AVANT DES MODÈLES DE TOUS LES ÂGES ET DE TOUTES LES ORIGINES…

Pour nous la diversité est très importante. Ce n’est même pas un choix marketing. La société est diverse, c’est notre richesse et c’est normal de la montrer. Il n’y a pas à être marginalisé parce que l’on est gay, noir ou âgé.

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